Le Tchadien Hissène Habré sera jugé à Dakar

24 Août 2012 , Rédigé par Jeunes Tchad

Le Tchadien Hissène Habré sera jugé à Dakar

arton14188Le président sénégalais Macky Sall est crédité de l’avancée du dossier. Ce procès sera une première mondiale: aucun pays n’avait jusque-là jugé de présumés crimes commis par le dirigeant d’un autre pays. Le Tchadien sera notamment jugé pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre

Le procès s’annonce d’autant plus historique qu’il aurait pu ne jamais avoir lieu. Dans un futur dorénavant palpable, l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré, 70 ans, sera jugé devant un tribunal spécial à Dakar. Mercredi, l’Union africaine (UA) et le Sénégal ont conclu un accord sur la création de «chambres africaines extraordinaires», formées notamment d’une chambre d’assises et d’une chambre d’appel, qui seront composées de juges sénégalais et présidée par un Africain. Ce procès sera une première mondiale: aucun pays n’avait jusque-là jugé de présumés crimes – notamment génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre – commis par le dirigeant d’un autre pays.

Hissène Habré avait tyrannisé le Tchad après avoir pris le pouvoir par les armes en 1982. Renversé en 1990 par Idriss Déby, un général séditieux, il avait fui pour le Sénégal, où il a vécu un exil insouciant avant d’être rattrapé par son passé sanguinaire en 2000, à l’ouverture d’une information judiciaire. Une commission nationale de vérité tchadienne, citée en exemple en Afrique, avait établi dès 1992 son recours systématique à la torture et recensé jusqu’à 40 000 assassinats politiques. Pourtant, de rebondissements en blocages, le dossier s’était enlisé à Dakar, jusqu’à l’arrivée de Macky Sall, le successeur d’Abdoulaye Wade à la présidence, en avril passé.

Un calendrier et un budget

Sa détermination à faire aller la procédure de l’avant est louée par les ONG de défense des droits de l’homme. «Dès son élection, Macky Sall s’était engagé à ce que ce procès puisse se tenir avant la fin de l’année», rappelle Hassatou Ba, chargée de programme au bureau Afrique de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) à Paris. «C’est une grande récompense pour les victimes qui se sont battues depuis plus de vingt ans avec ténacité. C’est aussi un procès très important pour l’Afrique, qui a l’occasion de montrer qu’un tribunal africain peut rendre justice pour des victimes africaines», relève Reed Brody, de Human Rights Watch (HRW).

Si le principe d’un tribunal spécial est acquis, il reste des étapes à franchir. Un calendrier visant à le rendre opérationnel d’ici à la fin de l’année doit encore être élaboré entre Dakar et l’UA.

La question de son financement doit aussi être réglée. En 2010, le Sénégal et plusieurs donateurs (UA, Tchad, Belgique, Pays-Bas…) avaient collectivement promis de débloquer 8,6 millions d’euros de budget. Le Comité international pour le jugement équitable d’Hissène Habré, dont sont parties la FIDH et HRW, en appelle aujourd’hui à la tenue de ces promesses passées «pour soutenir l’effort sénégalais», afin d’offrir l’espoir d’une réparation rapide aux victimes survivantes, chaque année moins nombreuses. De passage à Dakar début août, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton avait elle aussi assuré que Washington «soutiendrait de toutes les manières» la procédure à venir.

 

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