Relations bilatérales : Maroc-Tchad : une amitié à consolider

8 Avril 2013 , Rédigé par Jeunes Tchad

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Relations bilatérales : Maroc-Tchad : une amitié à consolider

Moussa Adam Hamit: Doctorant-chercheur en relations internationales





Le Tchad est un vaste pays d’Afrique centrale avec une superficie de 1 284 000 km2. L’économie du Tchad est caractérisée par une importante dépendance du secteur rural. La population tchadienne est dénombrée à 11 175 915 d’habitants à majorité rurale 78% (8 752 867). La plupart des ménages tchadiens trouvent l’essentiel de leurs ressources dans le secteur rural.

Avant l’exploitation du pétrole en octobre 2003, l’économie tchadienne était basée essentiellement sur la culture du coton qui constituait environ 50% des recettes d’exportation du pays et 20 à 24% des recettes de fiscalité. Depuis 2003, le pétrole compte pour environ 65% des exportations du pays, reléguant la contribution de l’agriculture (production végétale) à 17%, avec le coton notamment.

Sachant que les liens diplomatiques sont censés incarner les valeurs culturelles et morales du pays auprès des pays hôtes, favoriser le dialogue et promouvoir la compréhension mutuelle entre les deux pays amis, les ingrédients semblent réunis pour qu’il y ait un établissement de liens permanents entre les deux États (Tchad et Maroc). Dans l’esprit de la convention de Vienne qui stipule dans son article 2 que «l’établissement de relations diplomatiques entre États et l’envoi de missions diplomatiques permanentes se font par consentement mutuel», les deux pays ont toujours partagé mutuellement un rapport pacifique et consensuel.
Le Tchad et le Maroc partagent moins d’activités économicocommerciales, mais entretiennent des liens séculaires riches culturellement parlant. Ils ont des liens d’amitié, de coopération et partagent un attachement aux valeurs diverses qui se traduisent par l’appartenance des deux pays à un paysage arabo-musulman historique. La culture, la religion la similitude des deux sociétés sont les socles d’un attachement. Mais cette attache n’est pas assez perpétuée par une fréquentation diplomatique moins encore par des échanges économiques, commerciaux et politiques comme cela devrait être.

Pourtant au niveau des relations multilatérales, les deux pays participent dans bien des organisations internationales, des espaces sous régionaux et régionaux comme la CEN-SAD (Communauté des États sahélo-sahariens), l’ISESCO(organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture) et l’OCI(Organisation de la coopération islamique).
Cette situation n’est que paradoxe quand on tient compte des domaines dans lesquels les deux pays se côtoient.

Toutefois les relations bilatérales entre les deux entités constituent anormalement le parent pauvre d’une belle histoire qui aurait pu avoir des résultats satisfaisants pour les deux peuples. Comment, alors, expliquer l’absence de ces relations bilatérales directes entre les deux pays ?

La distance géographique en est-elle une cause ou les intérêts communs entre les deux pays ne se sont-ils pas identifiés comme prioritaires ? Quel avenir peut-on imaginer ? Il est judicieux aussi de nuancer l’absence des liens, vu la présence du Maroc au Tchad dans plusieurs domaines notamment la réalisation des ouvrages publics (construction d’une grande mosquée, des barrages d’eau…), ce qui est une réalité de la présence de ces liens. L’enseignement supérieur demeure le point focal à travers lequel les liens sont maintenus. Au même titre que beaucoup de pays du sud, le Tchad bénéficie de l’offre de formation de ses cadres que le Maroc propose. Une traduction parfaite des politiques axées sur la coopération Sud-Sud. On dénombre environ entre 200 à 400 étudiants tchadiens repartis dans plusieurs établissements publics et privés universitaires au Maroc sans compter ceux qui ont déjà regagné le bercail. C’est une véritable élite qui a du poids sur l’échiquier national.

Échanges commerciaux

Cette élite issue des entrailles universitaires marocaines se constitue en groupe «marocophile» au retour dans le pays. Elle prend du poids progressivement au sein de l’administration publique tchadienne et réclame de plus en plus la concrétisation des liens entre leur pays natal et leur ancien pays d’accueil. Aussi bien ces cadres tchadiens que les étudiants encore en cours de séjour au Maroc militent vivement pour l’établissement des relations diplomatiques depuis fort longtemps.  L’horizon semble dégagé depuis un moment puisque les deux pays se sont rapprochés dernièrement.

Le Maroc a fait le premier pas en dépêchant une mission diplomatique auprès de la République du Tchad au cours de l’année 2012 en l’officialisant en marge du sommet extraordinaire de la CEN-SAD tenu en février 2013. C’est dans cette optique que le personnel de la nouvelle ambassade du Royaume du Maroc au Tchad a pris attache avec ladite élite lors d’une rencontre le 23 janvier 2013 à N’Djamena. Désireuses de renouer avec les échanges multidimensionnels qu’une stratégie des rapports diplomatiques a été mise sur pied par les autorités respectives. Les liens commerciaux et économiques s’ensuivront

certainement. Au moment où nous mettons sous presse cet article, les échanges commerciaux bilatéraux sont quasiment inexistants entre les deux pays. Le seul lien commercial qu’on peut repérer dans l’histoire entre les deux pays est la l’unique convention commerciale et tarifaire qui datait du 4 décembre 1997 portant sur des franchises des droits de douane et des taxes d´effets équivalents pour certains produits. Cet accord est moins suivi de faits alors qu’il y a des opportunités de part et d’autre qui pourraient contribuer à un meilleur échange multiforme.

Malgré un fort éloignement géographique et un marché étroit, le Tchad possède un marché très ouvert en Afrique, une position de trait d’union entre l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord. En réalité, les avantages que présente une telle dynamique sont nombreux et fructueux pour les peuples des deux pays. Plusieurs opportunités se dessinent à l’horizon. La première aubaine est l’établissement de la ligne aérienne, en perspective, reliant Rabat et N’Djamena. C’est un véritable soulagement pour la communauté estudiantine tchadienne établie dans le pays d’accueil (Maroc). Le vol direct allégerait sans nul doute la charge de beaucoup de personnes en provenance du Tchad qui font un long périple : soit il faut transiter par l’Égypte, soit via le Cameroun, sans oublier les tracasseries dans la procédure d’obtention d’un visa. Nous estimons que l’opportunité est énorme pour les hommes d’affaires marocains qui envisagent d’investir sur le sol tchadien.

Le Tchad, c’est un terrain assez vierge, assez propice, une économie en construction, une position géostratégique idéale où l’expertise, le savoir-faire et la stabilité politique du Maroc trouveront un écho favorable. Bien qu’un pays en voie de développement, le Tchad avec une stabilité politique retrouvée fasse la promotion des investissements à tout va. Nous sommes convaincus que la synergie de tous ces atouts que présentent ces deux pays créera un climat de relations bilatérales multiformes exemplaires au grand bonheur des peuples frères liés par l’histoire et la religion Ce rapprochement permet de pérenniser les liens séculaires certes, mais aussi cela permet de mieux capitaliser la ressource humaine tchadienne formée au Maroc. Cette frange de cadres formés constitue aujourd’hui une richesse non négligeable qui peut jouer le rôle de passerelle entre les deux pays. Nous sommes au début d’une nouvelle ère dans la relation entre les deux pays amis que nous espérons fructueuse, permanente et dynamique au plus grand bonheur des populations respectives. Dans les mois à venir, tout porte à croire que la physionomie
des relations bilatérales entre les deux pays va changer en prenant un nouvel envol.

SOURCE: LE MATIN.com

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