Enquête: Le retour des « baministes »| Le Mirroir

15 Janvier 2013 , Rédigé par Jeunes Tchad

Le président tchadien Idriss Deby Itno et ses amis politiques ont fait voter, le 9 janvier dernier, un projet de loi à l’Assemblée nationale pour modifier encore la Constitution. 104 voix pour, 48 contre. Pourquoi ? Qu‘est ce qui motive cette volonté ? Enquête. 

C’est pour une deuxième fois, en quelques années, que la Constitution tchadienne est modifiée. Cette fois-ci cela s’est fait, comme le dit un proche du président, brusquement. « Tout le monde est pris par surprise. Personne au gouvernement, ni dans le parti, ni à l’Assemblée ne connaît les raisons qui motivent cette modification. Seul le président sait ce qu’il veut », dit-il.

 

Il y a 2 articles qui soulèvent la controverse.

 

Un, l’ancien article 71. Il dit, en résumé, que la fonction du président de la république est incompatible avec tout autre mandat électif, tout emploi public, toute activité professionnelle lucrative et toute activité au sein d’un parti politique.

La nouveauté, rajoutée, à la fin de cet article est la suivante : Toutefois, il a (le président) la faculté  d’exercer des fonctions dans un parti politique.

 

Deux, l’article 150 (ancien) dit : les magistrats ne sont soumis dans leurs fonctions qu’à la loi.

Ils sont inamovibles.

 

Le nouvel article 150 dit : les magistrats ne sont soumis dans leurs fonctions qu’à la loi.

 

Ils sont indépendants dans l’exercice de leurs fonctions de juges.

 

Mais une phrase glissée à la fin de l’article change tout. Il est écrit comme suit: le mandat des membres de la Cour Suprême est de 7 ans renouvelable une seule fois.

 

Selon des collaborateurs du chef de l’État, il y a certes la volonté du président. Mais ceux qui ont poussé fort pour réaliser ce projet sont les anciens « baministes ». A la tête de ces derniers, on retrouve : Mahamat Ali Abdallah Nassour, ministre des Eaux et Ahmat Hassaballah Soubiane, conseiller à la présidence depuis son retour de la rébellion.

 

Au moment de publier cette enquête, des réunions dirigées par ces deux plus anciens partisans du président Deby Itno se tiennent dans la capitale. Objectif : reprendre en main le MPS. Et gouverner le pays sans les alliés du parti. Un participant affirme au Miroir « il est temps que les militants des premières heures prennent les commandes du parti et du gouvernement.  Il sera bientôt  terminé ce temps où certains profitent sans être issus du parti. Et n’assument pas les décisions de notre parti et de notre gouvernement ».

 

Selon nos sources, cette modification vise à permettre au président de devenir président de son parti le MPS (Mouvement Patriotique du Salut).  Un poste de vice-président sera crée dans le parti voire dans la structure gouvernementale. Déjà, un proche du président pronostique sur le fait que le poste de vice-président du MPS sera confié à Ahmat Hassaballah Soubiane.

 

Autres précisions : A la question pourquoi toucher la Cour Suprême ? Un membre du cabinet civil du président dit qu’il n’y a aucune autre raison sinon celle du président de pouvoir changer à sa guise les juges de cette instance. «  Etre nommé à vie est insupportable pour le président. Bref, il veut caser dans cette cour des amis. Et faire d’elle un lieu de convoitise où ses courtisans se battront pour y accéder. », dit-il.

 

Le Miroir a insisté pour savoir ce qui se cache derrière cette modification ? Sous couvert de l’anonymat un imminent collaborateur du président, mécontent, lâche cette phrase, « c’est l’envie du président de s’accaparer de tous les pouvoirs. Ce qui se passe est grave. Personne ne semble réaliser cela. Au–delà de cette modification c’est l’existence du Tchad en tant que république laïque qui est menacée » Et rajoute d’une voie inquiète, « le Tchad est à la croisée des chemins. Soit il faut se battre pour maintenir la république. Soit il faudra accepter que le pays bascule dans une monarchie clanique. ».

 

Bello Bakary Mana
Abdramane Ousmane Ouchar

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