Le clanisme et la politique de l’autruche au Tchad - Moustapha Babikir

15 Décembre 2013 , Rédigé par Jeunes TchadJeunes Tchad est un espace de discussion et de réflexion administré par DJARMA Acheikh Ahmat Attidjani blogueur activiste et analyste indépendant.

Le clanisme et la politique de l’autruche au Tchad - Moustapha Babikir

Selon le dictionnaire Français Larousse le clanisme veut dire : “Comportement de personnes unies par une parenté de type clanique et qui recherchent leur intérêt commun sans se préoccuper des règles sociales et des lois.” La priorité est accordée à un clan au détriment d'un ou de plus d'un autre. Aussi, l'idéologie clanique (alias ethnocentrisme) est-elle un ensemble de croyances que les hommes se font de leur existence, autour desquelles ils organisent leur vie présente, et grâce auxquelles ils entreprennent de modeler leur présent et avenir. Cet ensemble de croyances affirme la prépondérance d'un clan sur les autres. Il faut rappeler aussi que ce qu'on appelle clan aujourd’hui est une invention lexicale affectée d'un import occidental, et qui asservit aux desseins colonialistes de division, d'exploitation et de domination des peuples non-occidentaux, et africains notamment. L'administration coloniale au Tchad a largement contribué à la reproduction de l'ethnicité en l'exploitant en sa faveur en créant des divisions administrative cantonales claniques. Ce système de divisions ethniques, mais souvent claniques, s'est perpétué de façon endémique sous l'administration tchadienne après l’indépendance. Ainsi au Tchad indépendant, nos leaders drainent déjà d’une vieille tradition de clanisme dont les manifestations se donnent à voir dans leurs rapports politiques et intellectuels et aussi conflictuels opposant des individus ou des groupes politico-millitaires appartenant à des clans différents.

L'idéologie clanique est aussi des croyances ritualisées dans les actes des personnes ayant volontairement et involontairement l’esprit ethnocentrique. C'est donc un comportement, une conduite pratique, une forme d'organisation du rapport social à l'autre qui ne fait pas partie de mon clan que celui dont on se réclame. Dans cette idéologie, les différences sont interprétées d'un traitement particulier, c’est à dire elles sont converties en facteurs d'infériorisation de l'autre, ou de supériorité qu'on attribue aux autres appartenant à un autre clan. Elles deviennent ainsi le prétexte au droit qu'on se reconnaît d'agresser l’autre sans impunité, de l'exploiter, de le commander, de l’exclure, de l’asservir ou tout court de le dominer mentalement et physiquement par la force, si elle est nécessaire. Par conséquent, on voit que l'idéologie clanique est à la fois une idée qui structure la pensée de la personne clanique et une pratique de cette idée. De plus, si le clanisme est tant décrié par les tchadiens conscients de ses dangers et risques, c'est bien parce que, clairement ou confusément, on saisit la pratique clanique non pas comme un acte accidentel, passager et isolé, mais bien comme un acte qui en inaugure et structure une série des périls qui fragilisent sinon détruisent le désir de construire une identité nationale et tchadienne commune. Le clanisme est aussi un ensemble de représentations intellectuelles objectivement structurées et déterminées par des structures sociopolitiques et -économiques frustes et inégalitaires et subjectivement intériorisées consciemment ou souvent inconsciemment par les hommes, puis ritualisées dans leurs comportements au cours de leurs interactions sociales et politiques. Sinon comment expliquer les comportements de nos diplômés tchadiens qui exacerbent l’ethnocentrisme au lieu de lutter contre. mais malheureusement ils se nouent autour de la rareté des biens de toutes sortes : pouvoir, emplois, richesses, honneurs, etc. L'idéologie clanique est donc une immaturité intellectuelle qui se manifeste dans les réalités des tchadiens et leurs rapports sociaux. Cette idéologie tire ses idées de l'évidence, souvent trompeuse, de "vérités" rassemblées au hasard d'observations préjugées, d'expériences partielles, voire isolées, mais hâtivement généralisées sur l’autre clan, de façon excessive et injustifiée, et amalgamées aux contre-vérités de préjugés reçus sans critique. Sa manifestation s'appréhende davantage dans la façon dont elle est ritualisée dans les conduites quotidiennes, les formes d'organisation de la vie socio-économique, associative, politique, culturelle et politicp-militaire. Elle va même jusqu'à prendre corps dans des groupes organisés, et s'il se peut, institutionnalisés.

Le constat est malheureusement que le clanisme est loin d’être éradiqué au Tchad parce qu’entretenu par les mêmes institutions et personnes (alias diplômés et intellectuels) qui se seraient donnés pour devoir de l’éradiquer. Je me suis toujours demandé, dans un pays ou on dit vouloir combattre le clanisme, à quoi ça servait que les nominations à des postes clés au gouvernement répondent à des critères claniques et régionaux non avoués. La politique de l’autruche adoptée par nous les tchadiens en matière de clanisme est à la fois suicidaire et puérile. Puérile parce que le premier venu peut se rendre compte du degré de clanisation de la société tchadienne, suicidaire à cause du danger qu’il y a à bâtir une société sur de pareilles fondations. Ahhh ! La grande hypocrisie ! Les grands mots : Unité, Travail, Progrès !

Je l’ai dit à maintes reprises que le jour où, le fragile ciment politique qui maintient ce pays dans un moule de stabilité précaire s’effritera, il y aura des dégâts énormes. La grogne des tchadiens marginalisés est désormais de notoriété publique. Les tensions inter-claniques que des esprits bien-pensants essaient de transformer en chimère est tout aussi réel. Je ne veux même pas parler de politico-militaires dont les organisations sont claniques que l’on dit perturbateur de la paix et renaissance et qui semblent attendre patiemment ses heures pour arriver au pouvoir. Je signale d’ailleurs que chaque année, notre pays vit des affrontements communautaires appelés cultivateurs-nomades de moindre envergure certes, mais dont la violence m’étonne toujours. Bien entendu, ces évènements sont souvent détournés des principaux canaux médiatiques et passent sous silence

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article